Fez est la ville la plus belle que j’ai vue en Afrique ; je vais tâcher d’en donner un aperçu avec toute l’exactitude que la brièveté de mon séjour me permettra d’y apporter.
El-Fez, ainsi nommé par ses habitants, est désigné sur les cartes sous le nom de Fez : c’est une grande ville de l’empire de Maroc, dont elle était anciennement la capitale. …/… dans toutes les mosquées il y a des jets d’eau, et, dans plusieurs rues, des fontaines destinées à désaltérer les passants. On y remarque plusieurs moulins à eau pour moudre les grains. La ville doit avoir quatre milles de tour, autant que j’ai pu le juger en l’examinant du haut d’une montagne ; elle s’étend de l’est à l’ouest. Elle est entourée d’un double mur en brique, bien fait, ayant de distance en distance des pignons qui lui servent d’ornement ; il peut avoir douze à treize pieds d’élévation. On entre par une grande porte, d’une régularité de construction qui m’a étonné ; elle forme un arc de triomphe , sous lequel je vis établis beaucoup de marchands de comestibles.
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Les rues son pavées, mais étroites, tortueuses, sombres, et de la plus grande malpropreté ; j’y ai vu, dans quelques endroits, des chiens et des chats morts depuis longtemps qui exhalaient une odeur infecte.
Ces rues ne sont que de longues galeries couvertes par des treilles ou de la maçonnerie, ce qui empêche l’air d’y circuler, concentre les mauvais odeurs, et rend la ville malsaine.
On fabrique a Fez des couvertures de laine et de la poudre à canon , il y a des ouvriers qui font les charrues et des pelles de bois pour travailler la terre ; on y voit encore des serruriers, couteliers, cordonniers, tailleurs, maçons, armuriers : les forgerons ferrent les chevaux.
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Dans le plupart des quartiers, on trouve des boutiques garnies de toute sorte de den rées sèches et autres, comme pain, viande, beurre, pâtisserie, fruits et légumes. …/… Il se tient touts les jours un marché où un grand concours d’étrangers viennent de très loin vendre leurs denrées ; on y apporte du Tafilet beaucoup de dattes et de cuir tanné, les habitants des montagnes l’approvisionnent de miel et de cire. …/…
Il n’y a à Fez aucune espèce de monument curieux qui rappelle l’ancienne splendeur du pays et la magnificence des vainqueurs de l’Espagne. On y compte beaucoup de mosquées, qui toutes sont surmontées d’une tour carrée, d’environ cent pieds d’élévation, sur laquelle on arbore un pavillon blanc au moment de la prière.
René Caillié, Voyage à Tombouctou. François Maspero, París, 1979 (p.372)
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