Pàgines

diumenge, 2 de desembre del 2012

El Caire de Pierre Loti


Les toits en terrasses disent une région qui fut autrefois sans pluie, et les innombrables palmiers des jardins, au-dessus de cet océan de mosquées et de maisons, balancent au vent leurs plumets, qui étonnent sous ces nuages chargés d’averses froides. Vers les sud et vers l’ouest, aux dernières limites de la vue, des triangles géants apparaissent, comme posés sur l’horizon brumeux des planes : c’est Gizeh et c’est Memphis, ce sont les Pyramides éternelles.
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D’abord l’ancien Caire, qu’il faut traverser, tout le dédale encore charmant où les mille petites lampes des boutiques arabes allument déjà leurs flammes discrètes. Dans des rues qui se contournent à leur caprice, et sous tant de balcons qui débordent, grillagés de très fines menuiseries, il faut ralentir notre course, au milieu de la foule serrée des gens et des bêtes.
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Cependant, que de ruines, d’immondices, de décombres ! Comme on sent que tout cela se meurt !...
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Plus loin, la voiture courant toujours, voici que peu à peu le décor change, hélas ! Les rues se banalisent ; les maisons de « Mille et Une Nuits » font place à d’insipides bâtisses levantines ; les lampes électriques commencent à piquer l’obscurité de leurs fatigants éclats blêmes ; et, à un tournant brusque, le nouveau Caire nous apparaît.
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Partout de l’électricité aveuglante ; des hôtels monstres, étalant le faux luxe de leurs façades raccrocheuses ; le long des rues, triomphe du toc, badigeon sur plâtre en torchis ; sarabande de tous les styles, le rocaille, le roman, le gothique, l’art nouveau, le pharaonique et surtout le prétentieux et le saugrenu. D’innombrables cabarets, qui regorgent de bouteilles : tous nos alcools, tous nos poisons d’occident, déversés sur l’Égypte à bouche-que-veux-tu.
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Alors ce serait le Caire de l’avenir, cette foire cosmopolite ?... Mon Dieu, quand donc se reprendront-ils, les Égyptiens, quand comprendront-ils que les ancêtres leur avaient laissé un patrimoine inaliénable d’art, d’architecture, de fine élégance, et que, par leur abandon, l’une de ces villes qui furent les plus exquises sur terre s’écroule et se meurt ?



De "La mort de Philae" A: Pierre Loti. Voyages (1872-1913). Bouquins. 1991 (p. 1250)

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