Bruce Bégout
Aquest darrer títol és la seva experiència immersiva en aeroports internacionals explorant els no-llocs quotidians on, ben segur, malgrat la seva superficialitat amaguen profunditats que ens passen desapercebudes.
L’arrivée
"L’autoroute à huit voies traverse un immense marais, pays plat et nu d’un vert intense, tapissé de mares de grandeur inégale où se miroitent les nuages. Après une longue courbe qui oblige à réduire la vitesse, et qu’ornent tous les deux cents mètres d’immenses panneaux publicitaires pour des marques de SUV ou de smartphones, elle pénètre dans une zone plus dense faite à perte de vue de hangars de logistique et de parkings. C’est alors qu’on aperçoit les premiers avions dans le ciel, ceux qui décollent et atterrissent, à intervalles irréguliers. On entend à travers le double vitrage du taxi leur vrombissement assourdi qui promet l’ailleurs et agace les riverains. Plus loin, point de convergence de toutes les routes, dans leur horizontalité qui défie la terre, les édifices gigantesques des terminaux se dessinent. On ne peut guère les louper. Comme des ziggourats revues par le Bauhaus, ils barrent la vue dans leur robe grise et terne. En fait, on ne voit qu’eux.
Au sortir de la dernière rampe, on s’arrête enfin. On est alors plongé dans un chaos immédiat de minibus et de taxis. Les uns se garent n’importe où, d’autres klaxonnent à tout-va, et leurs chauffeurs s’interpellent sans aménité à travers les vitres. Certains sont pressés d’arriver, d’autres de partir. Une certaine excitation flotte dans l’air. Nous y sommes. Des milliers de voyageurs, qui tirent tant bien que mal leurs valises dans cette zone hostile, circulent entre les voitures et les barrières. Dans leur impatience, ils prennent des risques, se trompent, se bousculent. Mais la joie de bientôt s’envoler domine tout de même. Des policiers essaient de faire régner un semblant d’ordre au sein de cette joyeuse pagaïe qui, de Vladivostok à Santiago du Chili, caractérise immanquablement l’espace d’accueil qui précède l’entrée dans l’aéroport. Mais, on sent qu’ils ne sont pas très confiants dans l’efficacité de leur mission. Tout se passe comme si les hommes s’autorisaient un défoulement de gestes et de cris avant l’univers policé qui les attend derrière les portes.
Tel est le rituel quasi immuable qui nous attend à chaque départ. Quel que soit le pays où l’on se trouve, on est confronté à cet étrange cérémonial où le désordre tient lieu de charte. On y retrouve les mêmes éléments obligés signalant que ce lieu, bien qu’il soit ancré dans une région particulière, appartient à un espace mondial et en est le vestibule. En vérité, le voyageur ne se formalise pas de cette standardisation des abords. Elle est déjà pour lui un trait familier et facilement reconnaissable qui le rassure, et puis elle va vite s’effacer devant le caractère singulier de son voyage qui le mènera à l’autre bout du pays ou du monde. Aussi est-il indifférent à cette zone périphérique mal définie et à l’architecture imposante. S’il s’y est rendu, c’est pour chercher quelque chose d’autre, et rien ni personne ne pourra affaiblir en lui ce sentiment exaltant du départ."
De: En escale. Chroniques aéroportuaires, de Bruce Bégout. Philosophie magazine éditeur. 2019

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